La croissance est molle, le pouvoir d'achat est en berne, les Français sont endettés. Mauvaise nouvelle ? Pas pour tout le monde, et notamment pas pour les banques et les organismes de crédits qui dépendent d'elles. La mauvaise passe financière des particuliers et leur goût nouveau pour les crédits en font une clientèle toute trouvée pour un produit bancaire qui fait désormais fureur : le rachat de crédits, qui consiste à regrouper sous un seul prêt une multitude d'emprunts, en étalant le remboursement pour alléger les mensualités.
Quiconque a ouvert ces derniers mois un magazine de programmes télé ou un journal de petites annonces ne peut ignorer l'existence du regroupement de crédits. Pas une parution sans que l'on vante des mensualités diminuées de 60%, des taux d'intérêts ramenés d'un tiers.
Il y a non seulement une foultitude de publicités celles-ci sont de plus extrêmement agressives". Un qualificatif presque trop faible
cette communication est insistante et racoleuse. On vous explique que la vie est dure et triste mais qu'avec un regroupement elle redeviendra belle !".
En 2006, un ménage français sur deux était endetté. Un chiffre relativement stable depuis le début des années 90 mais qui masque une autre réalité, celle de l'explosion du niveau d'endettement de ces ménages, une tendance cette fois-ci beaucoup plus récente : plus 14,1 points depuis 2002, selon Insee (voir graphique). Un niveau d'endettement qui implique bien souvent des mensualités élevées et que le rachat de crédit propose de réduire drastiquement.
Outre la hausse de leur endettement, les Français ont pris goût au "produit" crédit et n'hésite plus à en contracter plusieurs en même temps. "En 2000, seuls 14% de nos clients possédaient plus de deux crédits,
Aujourd'hui, la proportion est passé à 24%."
"les particuliers utilisent de plus en plus les prêts, notamment parce que le crédit a perdu son image négative".
Mais il rappelle également que "le nombre de surendettés en France se limitait à 70.000 au début des années 90. il y en a 700.000 aujourd'hui."Comme de juste, le rachat de crédits à ses partisans et ses détracteurs. Côté partisans, les professionnels bien sûr, qui tous garantissent, comme Nicolas Pécourt, responsable des études chez Sofinco, qu'il est désormais devenu "un outil de pilotage du budget", utilisé "par exemple par des ménages à la situation financière saine, qui désirent effectuer un nouvel achat mais sans augmenter leurs mensualités".
En étalant sur de nombreuses années le total des encours et des intérêts, le rachat de crédits peut en effet faire des miracles. "En moyenne, les clients consolident trois dossiers et obtiennent une baisse de leur taux de 30%", explique Nicolas Pécourt. Même topo chez Meilleurtaux. Selon le PDG Christophe Crémer, "les clients arrivent avec 4 à 6 prêts et nous réduisons leur taux de 18 à 6%".
Mais cette baisse des taux a un coût. L'étalement des crédits sur 10 ans ou plus conduit à un montant total à rembourser supérieur au total des sommes empruntées avant le regroupement de crédits : environ 20.000 euros dans l'exemple ci-dessus. Un coût qui s'explique aussi par "les frais de dossiers, les frais de notaire, la rémunération du courtier en crédits", détaille Christine Bardinet, secrétaire générale du comité consultatif du secteur financier. Qui précise cependant : "le rachat de crédit rend un vrai service dont le coût n'est pas forcément exorbitant".
Mais Maurice Roullet, de l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, est lui beaucoup moins enthousiaste. Selon le consumériste, "quand on veut aménager un crédit, et que l'on dispose d'une situation financière saine, le banquier y est disposé". Et cela sans les coûts supplémentaires engrangés par un regroupement de crédits.Les banques et les organismes de crédit se frottent les mains. Le marché du rachat de créance est en plein boom. Selon Nicolas Pécourt, de Sofinco, "ce marché est très dynamique : nous sommes passés en quelques années d'un marché embryonnaire à un marché mûr". Mûr au point d'atteindre les 21 milliards d'euros en 2007, selon les opérateurs, en hausse de 162% en quatre ans. Le fort développement du rachat de crédits soulève des inquiétudes au comité consultatif du secteur financier et dans le monde consumériste. Maurice Roullet, de l'UFC- Que Choisir, est "particulièrement inquiet" "d'une clause que tous les opérateurs a priori placent dans leurs contrats". Celle-ci stipule "que les clients s'engagent à ne pas prendre d'autre crédits sans l'autorisation du regroupeur" (voir ci-dessus). Si elle paraît de bons sens pour des personnes déjà fortement endettées, cette clause a deux effets pervers. D'abord, elle pourrait être jugée anticoncurrentielle, les clients demandant l'autorisation à leur "regroupeur" de contracter un nouveau prêt pouvant être fortement incitées à y souscrire dans l'établissement concerné
Une bonne nouvelle pour un secteur légèrement morose ces derniers temps. Jean-Claude Nasse, délégué général de l'Association française des sociétés financières, rappelle qu'en 2007, "les crédits affectés, type crédit automobiles, sont en régression de 1,3% et que les crédits revolving sont stables". En revanche, les prêts personnels, auxquels appartiennent les rachats de crédits sont, eux, en hausse de 11%. Pour Nicolas Pécourt, "le rachat de crédits représente aujourd'hui 7 à 9% du total des crédits à la consommation".
Et cette bonne santé n'est pas prête de s'arrêter. Eric Ghiringhelli, directeur du rachat de crédits chez Meilleurtaux, compte multiplier son chiffre d'affaires par 3 ou 4 d'ici 2012. Il estime que "le marché français est mature mais possède encore un potentiel de croissance de 20%".
Un chiffre "tout à fait crédible" pour Christine Bardinet, du comité consultatif du secteur financier, qui explique ce potentiel de croissance par une importante réserve de clients inexploités. "Le rachat de crédits concerne aujourd'hui majoritairement les personnes trop endettées", considère-t-elle. Mais d'autres commencent à y avoir recours, et notamment les retraités, "de plus en plus nombreux" à compenser ainsi leur baisse de rémunération. Selon Meilleurtaux, 15% des regroupements de crédits concernaient ces derniers fin 2006, contre 18% fin 2007. Le papy boom pourrait ainsi faire les beaux jours du rachat de créances. Autre clientèle à développer, selon elle, "les ménages qui pratiquent de la gestion actifs-passifs" en jouant sur les taux et les ménages à la situation financière saine qui recherchent un coup de pouce financier.
Mais ce n'est pas ce qui révolte le plus Maurice Roullet. D'abord, estime-t-il, "s'engager à ne pas souscrire d'emprunt pendant 10-12 ans, c'est aller au casse-pipe. Il suffit qu'une chaudière casse pour y être contraint". Mais surtout, la clause fait courir un risque aux personnes finalement contraintes de passer en commission de surendettement. Le "regroupeur", averti par la commission que son client a pris un prêt sans son autorisation, ira bien souvent en justice pour prouver que son client a agi de mauvaise foi. Et si le juge en est d'accord, il pourra considérer que le client n'a pas le droit de bénéficier de la commission de surendettement. Plusieurs procès ont déjà eu lieu et sont allés en ce sens. Récemment, le tribunal d'instance de Clermont-Ferrand a cependant estimé que la mauvaise foi ne pouvait pas toujours être retenue.
Autres motifs d'inquiétudes, cette fois-ci également exprimées par Christine Bardinet, du comité consultatif du secteur financier, "le manque d'information relative aux informations précontractuelles". Plus concrètement, le CCSF se demande si le candidat à un regroupement de crédits est bien tenu au courant de toutes les conséquences de l'opérations, en particulier de l'éventuelles pertes des droits attachés aux crédits rachetés, tels que des assurances, ou des frais supplémentaires que cela peut engendrer, tels que des frais pour remboursement anticipés. Le CCSF devrait rendre avant l'été un avis ou des recommandations.Le comité consultatif du secteur financier le reconnaît volontiers, il manque cruellement de statistiques sur le marché du rachat de crédits et ses acteurs. Les données présentées dans le graphique ci-dessus sont issues d'une étude réalisée en juin 2006 pour le compte d'un grand groupe bancaire et les parts de marché sont estimées au niveau groupe.
Ainsi, la part de marché du Crédit Agricole regroupe à l'époque les chiffres d'affaires du rachat de crédit des Caisses du Crédit Agricole bien sûr mais aussi de ses filiales Sofinco et LCL. Derrière la Société Générale se cache les opérateurs de crédits France Crédit et CGI, ainsi que le réseau de la SG. La part de marché de BNP Paribas regroupe quant à elle la filiale Cetelem, le réseau BNP et BNP Paribas Invest Immo. Enfin, "Autres" désigne notamment le groupe Laser-Cofinoga, CCF ou encore Cofidis, aujourd'hui en partie propriété de BNP Paribas.
Pour s'assurer de récupérer une partie de la manne du regroupement de créances, les banques ont depuis peu également entrepris de se rapprocher des courtiers en crédits, principaux fournisseurs de clients grâce à leur communication débridée. Ainsi, Finaref, une société du groupe Crédit Agricole, a conclu un partenariat avec BC Finances. La Banque postale, elle, a signé le 13 septembre 2007 un accord avec CMP-Banque pour "proposer à (ses) clients d'Île-de-France qui en ont besoin des solutions de rachat de crédits".
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ou l'exploitation de la misère humaine !!!!!!
à bientôt
ericjeanmarc







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