Sans une communication fluide au sein de l'équipe, aucun esprit collectif ne peut se dégager. Des astuces organisationnelles permettent de favoriser les échanges : travailler porte ouverte ou dans des espaces ouverts, préférer la communication orale à l'e-mail… "Mais à son échelle, le manager peut et doit aussi se préoccuper sans cesse de l'esprit collectif de son équipe." Pour Joëlle Delair, consultante RH chez Interface et auteur aux Editions d'Organisation de La dynamique de l'esprit collectif, le manager doit convaincre l'équipe de l'intérêt d'un esprit de groupe, comprendre en quoi il consiste pour chacun… et savoir le renforcer.
"Les critères d'évaluation du collaborateur doivent inclure son esprit d'équipe" |
Faire accepter que les contributions de tous ne soient pas équivalentes
Bien entendu, tout les membres d'une équipe n'ont pas des compétences équivalentes. Mais le manager doit faire en sorte que chacun donne le meilleur de ce qu'il peut offrir. Pour cela, il lui faut reconnaître les singularités respectives. Pour Joëlle Delair, "il n'est pas important que la performance collective ne soit pas également répartie. Il faut donc faire accepter l'idée que les contributions ne seront pas égales. Comme cette idée sera plus difficile à accepter pour les meilleurs éléments, il convient de développer des moyens de rétribution qui les récompensent, par exemple de l'intéressement." Et éventuellement mettre en place, en plus d'une part variable individuelle, une part variable collective.
L'entretien d'évaluation est également une occasion incontournable de stimuler l'esprit d'équipe. "Parmi les critères d'évaluation d'un collaborateur, on trouve de plus en plus souvent sa performance humaine. Elle doit inclure son esprit d'équipe, sa faculté à se montrer coopératif, sa contribution à la bonne qualité des relations de travail… Au début c'est une contrainte, mais cela finit par entrer dans les mœurs."
Laisser chacun contribuer au collectif à sa façon
Le manager doit faire en sorte que les collaborateurs se sentent à l'aise dans leur façon de vivre l'esprit d'équipe. Certains aimeront former les nouveaux arrivants, d'autres organiser les anniversaires, d'autres encore rassembler les connaissances communes dans une démarche de knowledge management… Toutes sont des façons de contribuer au collectif. Or tous n'ont pas à y concourir de la même façon. "Le manager doit repérer ce qu'aime chacun, pour que chacun trouve son intérêt à contribuer au collectif. Et si quelqu'un est 'allergique' aux séminaires d'entreprise ou aux rites de ce type, il faut accepter qu'il contribue d'une autre manière.
Développer l'identité de l'équipe |
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Favoriser les liens informels
Le sentiment d'appartenance à un groupe se forme également au travers des relations informelles qu'entretiennent ses membres. Mais plutôt que d'embêter tout le monde en imposant, le manager devra plutôt identifier les rites qui s'instaurent spontanément dans l'équipe et les renforcer.
"Classiquement, note Joëlle Delair, cela se produit autour de moments conviviaux." Un départ, une naissance ? Regarder alors comment l'équipe marque l'occasion. Il peut s'agir d'un pot d'anniversaire, des croissants qu'un collaborateur apporte le matin, d'un verre ensemble le vendredi soir "…et finalement de tous les rites simples de la vie. Si l'équipe ne fait rien de tout cela, c'est embêtant. Mais c'est assez rare." Les manifestations de cet esprit de groupe peuvent être très variées et dépendront du métier et des valeurs des collaborateurs. La bonne façon de procéder est de choisir les attentions qui correspondent à leurs valeurs. "Ce qui n'empêchera pas le manager d'être inventif !"
Une fois par an, il pourra par ailleurs "mettre le paquet", quitte à forcer la main (puisque c'est occasionnel) à ceux qui rechignent par exemple à se rendre aux séminaires d'entreprise, à condition que soit prévu un moment informel de libre parole. "Cela ne suffit pas, mais c'est important", assure notre experte.
Etre exemplaire
"Le manager doit passer du temps à discuter avec son équipe des orientations, du sens, des finalités de leur travail" |
Pour être crédible dans sa démarche, le manager doit montrer qu'il fait partie de l'équipe et sait la soutenir. "En particulier, il doit absolument la défendre vis-à-vis de l'extérieur, sinon il ne risque pas d'arriver à faire travailler les gens, insiste Joëlle Delair. De plus, l'équipe ne doit pas découvrir par hasard des informations qu'il aurait pu leur communiquer : elle ne comprendrait pas." En l'occurrence, il est même essentiel de clarifier les objectifs de l'équipe et de dialoguer en profondeur à propos de la stratégie. Pour la spécialiste, "le manager doit passer du temps à discuter avec son équipe des orientations, du sens, des finalités de leur travail. Et plus l'équipe participe, mieux c'est." C'est de cette façon que les collaborateurs seront responsabilisés sur le bon fonctionnement et les résultats de leur équipe. Pour le manager, qui doit absolument arriver à montrer que l'intérêt de tous est de bien vivre et de bien travailler ensemble, c'est un passage obligé.
Faire émerger l'identité de l'équipe
Pour que puisse prendre corps un esprit d'équipe, celle-ci doit avoir une identité. La faire émerger passe par des discussions avec tous ses membres. Quelle est sa marque de fabrique ? Qu'est-ce qui la distingue des autres équipes et peut la singulariser ? "On ne peut répondre à ces questions qu'en parlant avec les collaborateurs." Ensuite, pour que l'équipe ait une place reconnue, il lui faut des éléments de capitalisation : "Ce qu'elle produit doit être accessible aux autres." Cela peut être réalisé au moyen d'outils de knowledge management. Plus largement, développer des actions de marketing interne aidera les collaborateurs à se sentir véritablement partie prenante d'une équipe.
Etre le garant de l'esprit collectif |
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Savoir gérer les collaborateurs plus solitaires
Naturellement, l'esprit de groupe n'est qu'une dimension du travail de l'équipe : les collaborateurs ont aussi besoin d'individuation, d'être reconnus pour leur travail et leurs qualités propres. Mais il arrive également que dans son travail, un collaborateur se révèle plus individualiste que les autres. "Le manager doit lui montrer, en tête à tête, qu'il le comprend, mais également lui exposer ce qui n'est pas négociable en fonction du contexte et de l'activité de l'équipe." Typiquement : le partage d'information et la coopération. Il devra aussi faire en sorte que l'équipe respecte le fait que ce collaborateur travaille de façon plus solitaire.
Et si, pour une raison ou pour une autre, une personne est peu à peu exclue par le reste de l'équipe, le manager doit la protéger et la réintégrer : l'équipe, c'est toute l'équipe.
Etre attentif au manque de collectif
User de pratiques managériales respectueuses et développer des dispositifs de type marketing RH |
S'il constate que les collaborateurs "traînent des pieds" pour venir en réunion, ne font pas passer l'information comme ils le devraient ou que certains en ont assez d'apporter plus que les autres et commencent à se démotiver, le manager doit réagir.
Pour ne pas laisser les choses "filer", il doit toujours être vigilant. En cas de souci, ce n'est pas forcément à lui d'agir directement, mais il doit veiller à ce que la situation évolue dans le bon sens. "Attention toutefois à ne pas 'être lourd' et vouloir créer des rites trop nombreux ou artificiels, met en garde Joëlle Delair : mieux vaut faire avancer la situation par petites touches."
Et pour contrer la résistance à un esprit d'équipe ou d'entreprise perçu comme imposé, deux axes sont à développer. Le premier, déjà évoqué, passe par l'évaluation de la contribution du collaborateur au collectif, associé à un mode de rétribution approprié. L'autre axe consiste bien entendu à user de pratiques managériales respectueuses, mais aussi à développer des dispositifs de type marketing RH. Le principe est tout simple : un collaborateur qui se sent maltraité par son entreprise ne sera pas incité à contribuer au collectif. Un collaborateur qui se sent apprécié et soutenu entraînera les autres avec toute l'énergie de son esprit d'équipe.
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